LE CHATEAU DE CHAVILLE
RESTITUE EN 3D A LA FIN DU XVIIe SIECLE


 
 

LA PERSPECTIVE CENTRALE
DU COTE DES JARDINS

Vue aérienne restituée de l'axe principal du domaine
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)

 
 
Le château trouve son prolongement dans un grand axe, semblable aux grandes perspectives des différents châteaux de cette époque. Sa réalisation au milieu du XVIIe siècle n'a pu être entreprise que par le seul André Le Nôtre, à qui on attribue depuis toujours la création des jardins et des trois allées monumentales en forme de patte d'oie qui les organisent. 



 
L'organisation générale des jardins :
La Patte d'Oie de Chaville 


Schéma montrant l'organisation des jardins de Chaville
(Schéma de Franck Devedjian sur le plan provenant
des Archives nationales, Cartes et Plans, N III Seine et Oise 532) 


 
Ce schéma permet de retrouver les lignes principales organisant les jardins. Les trois allées convergent vers le second portail d'entrée.
 
Il faut donc noter le parti pris de ne pas axer les allées latérales sur le château, mais bien de cacher le bâtiment aux regards.

Ainsi, le visiteur empruntant les allées latérales oublie sa présence, et la masse du château ne peut que le surprendre au retour de la promenade. 
Ces jeux de masses, d'apparitions et de disparitions sont typiques des jardins français de cette époque.

 



 
Le double parterre
 
Le parterre central des jardins de Chaville s'organise en deux séries de deux quadrilatères disposés de part et d'autre d'un bassin. Le parterre est généralement "simple" et se termine par un bassin comme à Vaux ou Meudon. La particularité de ce double parterre de Chaville en fait l'un des plus importants en taille dans l'histoire des jardins français au milieu du XVIIe siècle, avec celui du château du Raincy qui lui est contemporain. 


 

Le parterre depuis le premier étage du château 
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)





Le château et le parterre depuis la terrasse ouest, vers 1700.
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)
 
Il faut songer aux travaux de terrassements considérables qu'il a fallu entreprendre pour niveler cet espace ! Seuls deux jets d'eau principaux animent cet axe. Vus du château, ils n'en formaient qu'un seul. Tout le reste n'est constitué que de végétal aménagé suivant les motifs de broderies. Il n'y a pas d'arbres qui seraient de nature à "borner" la vue, ainsi que le précise André Le Nôtre.



 
Détail montrant le plan du double parterre de Chaville, vers 1710. 
(Archives nationales, Cartes et Plans, N I SO 69)
 
Les deux petits espaces circulaires situés près du château ont servi successivement de petits bassins et de parterres de pelouse. 



 


Plan du double parterre de Chaville,
relevé effectué à la toute fin du XVIIe siècle
Identification inédite de Franck Devedjian, octobre 2013.
(Nationalmuseum de Stockholm, NMH CC 2034)

Sans avoir pu l'identifier, le musée de Stockholm intitulait ce plan "Gardens Portion with Parterres and Circular Fountains". 

Mais il est aisé d'y reconnaître le parterre des jardins de Chaville. Ce qu'il faut souligner, outre la précision du tracé, c'est le fait que dans la marge est indiqué "M. Le Notre", pour André Le Nôtre. 

Ce document est donc d'une importance considérable, puisqu'il constitue un indice supplémentaire et tangible pour confirmer l'attribution des jardins de Chaville à André Le Nôtre. 






 
Plan du double parterre du château de Chamarande, 1689. 
(Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estampes)
 
Le double parterre de Chaville a manifestement été copié vers 1685 pour l'aménagement des jardins du château de Chamarande, situé près d'Etampes. 

 





Point de vue depuis le bout du premier bassin,
dit "bassin du milieu du parterre".

(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014) 

 
Ce point de vue est particulièrement intéressant : on constate que le château se reflète pour partie dans le bassin circulaire (comme à Meudon et ailleurs, seul le rez-de-chaussée ne se reflète pas). Surtout, le promeneur découvre une nouvelle composition architecturale : le petit château de Chaville se métamorphe depuis ce point de vue en un château de taille bien plus monumentale, puisqu'il semble que les deux pavillons latéraux fassent partie intégrante du château. Un équilibre visuel encore plus étonnant est alors réalisé : la masse du colombier, situé sur la droite, vient équilibrer architecturalement celle du pavillon de l'annexe principale situé sur l'extrême-gauche de l'image. 




 
Restitution du point de vue depuis le bout du deuxième bassin,
dit "bassin du haut du parterre".
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)
 
Une fois arrivé au bout du parterre, le visiteur ne voyait plus se refléter dans le bassin que les toitures du château. 




 
Le second bassin situé au bout du parterre. 
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)

A ce niveau, le jardin semble s'achever. Et pourtant, juste derrière se trouve le degré qui permet d'accéder aux cascades. 





 
Le grand degré et les escaliers attenants. 
(Archives nationales, Cartes et Plans, N III SO 532)

Le bout du grand parterre est aménagé de nombreux escaliers dont le Grand degré. Ceux-ci tranchent avec la platitude du parterre.



 

 

Vue générale du double parterre de Chaville. 
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)

 
Le concepteur a mis à profit la déclivité du terrain pour aménager un grand escalier au bout du parterre. Il permet de rejoindre les cascades.






 
La Pelouse et les cascades de Chaville

 
Arrivé au bout du parterre, le visiteur découvre une perspective totalement nouvelle, où la luxuriance de la végétation cède la place au foisonnement de l'eau. Cette opposition des matériaux et des masses est typique de l'art d'André Le Nôtre. Opposition encore entre la précédente allée centrale, qui fait place désormais à une grande pelouse de gazon, obligeant le visiteur à emprunter les allées latérales. 

 
"Les cascades de Chaville" par Pérelle, vers 1675
(Collection particulière)
 
Cette gravure est une fantaisie de l'artiste. Elle condense deux points de vues différents : elle montre tout à la fois la perspective des cascades de Chaville, qui sont effectivement visibles latéralement, mais également le parterre de gazon de plan triangulaire, qui était situé vers l'est, en réalité sur la droite de l'image. 

Par ailleurs, le monumental treillage mentionné sur l'estampe de Pérelle n'existe pas sur les plans : encore une fois, ce dernier propose certainement des embellissements qui n'ont tout simplement jamais été réalisés ! D'où la nécessité de confronter sans cesse les sources, et de les hiérarchiser. Il est évident que la précision d'un plan tel que celui conservé au département des Cartes et Plans aux Archives nationales (N III SO 532) l'emporte sur toute autre source contemporaine. 





 
"Les petites Cascades de Chaville" des Pérelle, vers 1675
(Collection particulière)

 
Cette estampe montre les cascades depuis le bout de la perspective, une fois que le visiteur a descendu les rampes latérales. Pérelle représente bien les toitures du château qui dépassent légèrement, couvrant toute la composition comme si celle-ci (où règne incontestablement l'eau) consistue une espèce de grotte de plein air. En effet, Chaville ne dispose pas à proprement parlé d'un dispositif de grotte. La profusion si chère aux hommes du XVIIe siècle trouve dans cette composition aquatique un épanouissement spectaculaire. 
 



 
 
Vision restituée depuis le bassin ovale de la Pelouse.
(Restitution de PHIDIAS 3D, 2014)


 
 
Détail du plan de la Pelouse et des Cascades.
(Archives nationales, Cartes et Plans, N III SO 532)

 
Le plan décrit avec une grande minutie le dispositif des cascades. Sur la droite, le bassin du bout du parterre, près duquel se trouve le grand escalier courbe, donne accès à la nouvelle composition. La Pelouse orne le centre de l'espace descendant, tandis que, sur chacun des côtés, 13 bassins circulaires alternent avec des bassins carrés, répandant l'eau à profusion. Arrivé en bas de la composition, le visiteur découvre un bassin nommé "l'Ovale de la Pelouse" possédant six grands jets.

Le plan indique l'ensemble des canalisations souterraines. 


 

 
Plan des Cascades et de l'aménagement végétal qui les entoure
(Traité des eaux de Chaville, 1697. Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence)

 
En 1697, le Traité des Eaux de Chaville décrit l'organisation végétale encadrant les cascades placées de part et d'autre de la "Pelouse". Or, on constate une notable différence dans l'aménagement de la pelouse, qui, ici, relie l'ensemble des petits bassins, tandis que sur le plan des Archives nationales, ci-dessus, cette fusion végétale des bassins n'est pas figurée. Cela nous montre les nombreux embellissements et variations réalisés dans les jardins. Il n'y a donc pas un état "figé" du jardin, mais des propositions permanentes d'embellissements, dénotant une réflexion poursuivie par les propriétaires successifs. 


 
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